Homélie de Mgr Lacroix

Mgr Lacroix était présent chez-nous dans le cadre des fouilles archéologiques de la chapelle Notre-Dame de Lorette. Voici l’homélie prononcée le 16 juin dernier à cette occasion.

Homélie de Monseigneur Gérald Cyprien Lacroix
Primat du Canada

Église Notre-Dame de l’Annonciation,
L’Ancienne-Lorette, Québec, 16 juin 2013

« L’amour qui pardonne et remet debout ! »

Très chers frères et soeurs,

La Parole de Dieu nous offre une nourriture substantielle et soutenante en ce beau dimanche de juin. Les textes nous révèlent le vrai visage de notre Dieu, celui d’un Dieu amour qui pardonne et remet debout ! C’est merveilleux d’entendre ce que le Seigneur a fait au long des siècles, tout au long de l’histoire du salut, pour se manifester comme un père qui aime ses enfants et désire les voir debout, libres, heureux et saints ! Saint Irénée disait : « La gloire de Dieu, c’est l’homme debout ! » Nous savons bien que même si nous sommes créés à l’image et à la ressem-
blance de Dieu, appelés à vivre dans l’amour et la lumière, il nous arrive souvent de manquer la cible, de rater le but et de tomber sur le bord du chemin. Saint Paul l’exprime lorsqu’il affirme :
« Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas ». (Rm 7, 19). Est-ce que, vous aussi, vous vivez avec cette limite ? Quelle souffrance nous nous occasionnons! Quelle
souffrance nous faisons vivre à nos proches !

Mais la Bonne Nouvelle, c’est que Dieu ne nous abandonne pas dans notre péché, dans nos égarements et glissements. Il vient à notre secours lorsque nous nous tournons vers lui pour demander de
l’aide. J’aime beaucoup cette phrase que j’ai lue un jour dans un livre. La première partie est bien connue, mais la deuxième est trop souvent oubliée. « Dieu t’aime tel que tu es… mais il refuse de te laisser comme ça ! » Voilà le Dieu qui est le nôtre, un père toujours prêt à pardonner et à nous remettre debout.

Dans la première lecture, le prophète Nathan rappelle à David son adultère et le stratagème qu’il a planifié pour tuer Ourias, et épouser Bethsabée, la femme de ce dernier. Ce n’est pas qu’un petit égarement du bon chemin ! À la suite de cette interpellation, David s’écrie : « J’ai péché contre le
Seigneur ! » Sur quoi Nathan lui répond : « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas ». Puis, vient le Psaume 31, où David exprime son repentir dans des mots d’une émotion poignante, qui exaltent la miséricorde et l’amour bienveillant de Dieu pour lui. David signe en quelque sorte ce psaume avec l’encre de son sang. Il me semble entendre ses doigts pincer la lyre de son coeur.

Rien n’est impardonnable pour Dieu, en lui tout peut repartir. Rien n’est à jamais perdu pour Dieu. Rien n’est trop grave pour empêcher le coeur de Dieu de pardonner. Il est le Dieu qui pardonne et remet debout, le Dieu qui restaure, renouvelle, réhabilite, un Dieu qui recycle !

C’est ce même message que nous livre l’évangile de Luc que nous venons de proclamer. Une pécheresse reconnue arrive subitement chez Simon le Pharisien qui a invité Jésus à manger chez lui. Saint Luc ne mentionne pas le nom de la pécheresse en question. La Tradition l’associe à Marie-Madeleine, mais rien n’y est dit. Nous pouvons facilement nous reconnaître dans toutes ces personnes-sans-nom qui sont relatées tout au long des évangiles (la Samaritaine, le possédé de Génésareth, la femme adultère, le jeune homme riche et combien d’autres…). À quelque part, toutes ces personnes me ressemblent un peu-beaucoup. Elles me permettent d’entrer dans l’Évangile et de me laisser rencontrer par le Sauveur qui libère, pardonne et remet debout.

Cette pécheresse se sent attirée par la qualité de présence de Jésus. À remarquer que Jésus ne lui a pas encore adressé la parole. Elle sent déjà que son histoire et son vécu ne pèsent pas
lourd dans le coeur de cet Homme qui aime la compagnie de ceux et celles qu’on dénigre, qu’on marginalise et qu’on condamne. Devant Jésus, cette femme se sent en sécurité et pas du tout menacée.

Même si le corps de cette femme est abîmé, souillé et impur, son coeur, lui, est demeuré ouvert, perméable à la Présence de Celui en qui elle voit l’Amour en Personne. Cette pécheresse malgré l’abîme qui la condamne aux yeux des hommes a gardé en elle un espace où elle se sent accueillie, regardée et aimée pour ce qu’elle est vraiment, et non pour ce qu’on dit d’elle. Dans ce
lieu sacré au plus profond d’elle, lieu que personne n’a jamais su voir, cette pécheresse se sent accueillie, enveloppée, visitée, purifiée. Cette femme sent dans sa chair et dans son coeur que
Jésus ne la regarde pas comme les autres la regardent. Les autres regardent son corps de péché. Jésus regarde l’amour de son coeur et sa soif d’être aimée véritablement.

Mes amis, ces pages d’Évangile ne sont pas que des récits du passé. Elles sont aussi des portes ouvertes afin que nous nous sentions aimés, quelle que soit notre histoire, notre péché, nos
égarements et nos souffrances. Nous avons avantage, nous aussi, à nous tourner en toute confiance vers le Seigneur Jésus, notre Sauveur, afin de l’entendre nous dire ces trois phrases qui
changent la vie: « Tes péchés sont pardonnés. Ta foi t’a sauvé. Va en paix ».

Amour pour Amour chantent les mystiques de tous les temps ! Nous en avons ici un exemple criant de vérité. La pécheresse se laisse dilater le coeur par l’amour qui émane de la personne de Jésus. Elle se laisse traverser par l’Amour, tel le vitrail par la lumière. L’Amour de Jésus éclaire toutes les zones grises de cette femme et rallume en elle ce que les autres, autour d’elle, avaient éteint. Sa lampe intérieure était sous le boisseau, Jésus la remet sur le lampadaire de son coeur.

Dans sa lettre aux Galates, saint Paul exprime à sa manière la même vérité, mais dans des mots qu’on ne peut pas oublier quand on les a entendus. Il dit : « je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi ». Seul le coeur dévoré par l’Amour de Jésus a pu faire s’écrier ainsi saint Paul ! Dire oui à l’amour de Jésus, c’est endosser cet Amour jusqu’en notre propre chair. Telle est, mes chers amis, l’apogée de l’expérience spirituelle : laisser l’Amour nous aimer tellement, au point de ne plus faire qu’un avec Lui.

En cette Année de la foi, votre paroisse a voulu mettre en lumière un grand témoin de cet amour, le père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, jésuite français qui a été missionnaire ici en
Nouvelle-France pendant plus de 50 ans. Il a beaucoup oeuvré dans la grande région de Québec, notamment ici, où il a fait construire une chapelle en l’honneur de la Vierge Marie, la maison de Lorette.

Lorsque nous creusons un peu son histoire, nous nous rendons compte que sa vie ressemble beaucoup aux personnages bibliques évoqués dans les textes bibliques qui sont proclamés aujourd’hui. Tout comme David, Paul et la femme pécheresse, le jeune Pierre Chaumonot a plusieurs coches mal taillées dans son histoire de vie. Arrivé presqu’au désespoir après avoir vécu des années de peine, de fatigue, de libertinage, voici ce que l’on retrouve dans sa biographie : « Depuis la tête jusqu’aux pieds tout faisait horreur en moi. J’étais pieds nus, ma chemise pourrie et mes habits déchirés étaient pleins de vermine. Ma tête même, que je ne peignais point, se remplit d’une si horrible gale qu’il s’y forma du pus et des vers avec une extrême puanteur ».

C’est en se rendant en pèlerinage en Italie qu’il est guéri, et qu’éventuellement il se convertit. Voici ce qu’il en dit : « Mais je repris courage aux approches de la Sainte Maison de Lorette.
Peut-être que la Bienheureuse Vierge, qui fait tant de miracles dans ce saint lieu en faveur des misérables, y aura pitié de ma misère ».

Cette expérience le conduira à donner sa vie. Il fut accepté dans la Compagnie de Jésus, les Jésuites, et envoyé au Canada comme missionnaire. Voyez comme elle est grande la miséricorde de Dieu lorsqu’elle pardonne et remet un être humain debout. Le père Chaumonot a été transformé par la miséricorde de Dieu. Le Seigneur a fait de ce malotru, ce gueux puant et sale, un grand témoin de la foi. Il a été missionnaire au Canada pendant 54 ans, dont 11 ans au pays des Hurons avec les saints martyrs, et 43 ans dans la région de Québec, accompagnant les Hurons dans leurs déplacements à Québec, l’Île d’Orléans, Beauport et finalement Notre-Dame-de Foy et Notre-Dame-de-Lorette. Il fut aussi missionnaire des Iroquois.

Frères et soeurs, rendons grâce à Dieu pour le père Chaumonot, pour tous ces grands témoins missionnaires, hommes et femmes, prêtres et laïcs, qui sont venus évangéliser notre pays.

Avec audace et courage, ils ont annoncé avec grande puissance le Dieu de Jésus Christ. Ils en avaient fait l’expérience. Leur vie était un témoignage crédible, invitait à adhérer à la foi et à se
laisser transformer par l’Amour qui pardonne et qui relève.

N’est-ce pas ce dont nous avons encore besoin aujourd’hui ? C’est vers nous, vers vous et moi que le Seigneur se tourne maintenant pour appeler les missionnaires des temps modernes. La mission de l’Église ne se fera pas par des savants, ni par des propagandistes, mais par des témoins qui ont fait la rencontre du Christ Sauveur et qui sont disponibles pour témoigner de la vie
nouvelle en Jésus Christ. C’est comme cela que l’Église est née il y a 2000 ans au jour de la Pentecôte. C’est comme cela que
l’Église du Canada est née il y a plus de 400 ans, par des témoins
missionnaires.

Que notre célébration dominicale ainsi que toutes les activités qui entourent la mémoire du père Chaumonot et Notre-Dame de Lorette nous permettent de rendre grâce à Dieu pour le don de
la foi, ce trésor qui soutient notre quotidien, mais aussi nous rassemble pour la mission de nouvelle évangélisation, si nécessaire aujourd’hui pour la vie du monde.

Comme le disait le célèbre fondateur de la Compagnie d’automobile, Henry Ford : « Se réunir est un début rester ensemble est un progrès travailler ensemble est la réussite. »

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